Le sans-forme

Vannes, novembre 2025

Avatar (2018)

Me délivrer en déposant, là sur le papier, l’écheveau de mes pensées. Y mettre de l’ordre certainement, mais aussi dérouler un fil, lier et délier le fil de mes pensées, faire ouvrage, tisser. Non, défaire cet ouvrage imparfait, délier, dénouer, alléger. Retrouver la candeur du regard, une manière de voir dans le dépouillement des pensées. N’est-ce pas ainsi qu’apparaît le Réel dans la plénitude de la forme, lorsque la pensée atteint le tréfonds de l’impensé. Toucher l’âme finalement, sentir palpiter la vie, l’Être, ce qui se reçoit et se donne à chaque instant, ce léger souffle, ténu, ce fin murmure du fonds des âges qui réclame l’arrêt de tout bavardage.

Me voilà plongé dans ce paradoxe têtu et moteur tout à la fois : taire pour dire, penser pour qu’advienne la non-pensée, l’indicible. Sans autre projet que dire, tirer les fils, pour qu’enfin, je puisse déposer l’ouvrage sans fil, l’ouvrage défait. Clarté du regard, candeur retrouvée, l’être retrouvé, comme une évidence sortie des décombres.

En somme, mettre en ruine la pensée, mais pas n’importe comment, pas à grands coups de démolition. Oh non ! Apprivoiser doucement cette pensée, reconnaître sa noble fonction, celle de débusquer la vérité, mais aussi reconnaître sa vanité, celle de vouloir toujours trop dire, mentir en somme. Laisser dire, car commencer par la vérité est impossible. Mentir d’abord, le plus honnêtement possible, avec conviction, sans artifice. Mentir, ajouter au vide, à la pauvreté de l’être en somme. Ce que nous cherchons vise toujours les sommets, bien qu’au fond, je l’ai appris, c’est dans le dépouillement, dans l’obscurité que la vérité peut jaillir. Ma vérité. Mais pour l’heure, je n’ai pas d’autres moyens que d’ajouter des mots, d’habiller ma vérité pour couvrir sa nudité. Nudité proche du vide, du néant. Sinon, pourquoi tous ces mots déposés ?

Découvrir le sans-forme dans la forme. Tout est là, la nudité sous le voile. L’être insaisissable compromis dans l’existence. L’un et l’autre, l’être (l’absolu) et l’existence (le relatif), inséparables, entremêlés. Cela reste mystérieux, cet absolu, cette pureté donnés dans le relatif, le corruptible.

Chercher ma vérité en consentant à l’imperfection des mots. Consentir à l’imperfection de ma vie : unique lieu de passage vers l’ultime de l’être.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.