Derrière le miroir, 2006
Ma passion pour la photographie a germé à l’adolescence, portée par le reflex Minolta offert par ma grand-mère. Ce qui n’était alors qu’un apprentissage est devenu mon langage privilégié : une manière de questionner le Réel et de m’y relier, depuis cette ‘frontière-contact’ ténue où l’ordinaire et le poétique* se côtoient intimement.
Aujourd’hui, je consacre également mon temps au dessin et à la peinture. Cette pratique de longue date, nourrie par l’écriture, aiguise mon regard et épure mon geste. L’exercice du croquis, assidu et patient, s’est mué peu à peu en un dialogue avec la feuille, un tutoiement avec un « je-ne-sais-quoi » laissant entrevoir un espace intérieur en germination.
Ces disciplines forment désormais un ensemble indissociable pour exprimer ma perception des êtres et des choses. Dans cette quête, la technique devient peu à peu secondaire pour laisser place à une recherche plus intériorisée. Au fond, n’est-ce pas le chemin de tout artiste en quête de justesse ? Une forme de déprise que l’on retrouve chez des artistes admirables comme Jacques Truphémus, Pierre Bonnard ou Geneviève Asse, dont les oeuvres, sans artifices, laissaient peu à peu les formes se dissoudre dans le silence de la toile ou de la pure clarté. Ces artistes tracent pour moi une voie vers l’essentiel : ils sont les guides d’un cheminement vers la simplicité.

Port Coton, Belle-île, 2015
* Pour Jean Onimus (1909-2007), « Le poétique se dissimule partout, comme une sorte de trace presque invisible d’une innocence originelle, étonnée, admirative ». À l’opposé, Jean Onimus appelle « prosaïque » « tout ce qui peut être un jour technicisé, c’est-à-dire fabriqué automatiquement et indéfiniment répété ». À ce titre, la photographie, par son procédé mécanique, ne court-elle pas le risque de passer à côté du poétique ? Mais la photographie c’est aussi une vision, un regard, celui du photographe, qui transparaît par-delà la technicité. Le risque est toujours grand de se laisser dévoyer, absorber par le technologique, de quitter les rivages du poétique et de l’imparaître pour échouer dans l’ordinaire ou le prosaïque (dans le sens donné par Jean Onimus).